Hommage.
La St Valentin, cette grande mascarade où les fleuristes, chocolatiers, restaurateurs et autres revendeurs de lingeries vous font les poches sans scrupules, n’est pas une journée de fête pour tout le monde. Pour moi, en plus d’être une occasion de plus dans l’année pour gâter la femme qui partage ma vie depuis près de 10 ans, c’est une journée de recueillement.
Il y a trois ans le tout petit monde du cyclisme québécois perdait tragiquement un jeune espoir plein de talent: Alexandre Morin. Le 14 février 2007, il avait bravé la tempête de neige qui faisait rage pour une séance de footing. Il ne rentrera jamais chez lui. Pendant 3 longs et interminables jours, la population c’est mobilisée pour essayer de le retrouver. C’est le 17 en milieu de mâtiné qu’il est retrouvé, sans vie, ensevelie sous la neige au pied d’une falaise d’où il est tombé.
J’ai connu Alexandre quand je suis arrivé à Québec en 2001 et en 2003 et 2004 j’ai eut la chance de le côtoyer en tant qu’entraineur au sein du Club Cycliste de Ste Foy. Il n’avait que 12 ans. Pendant ces deux années à ses côtés, j’ai découvert un vrai athlète, avec ses forces et ses faiblesses, sérieux et passionné, attentif à tout avec une soif d’apprendre et de réussir sans pareil. Ce petit gars avait ce petit quelque chose, cette grande volonté qui façonne les vrais champions.
Après son décès, j’ai appris de ses parents que j’avais été très important pour lui. Il parlait souvent de moi, même après 2004 quand j’ai quitté le club de Ste Foy.
Ce fût une déclaration très émouvante. Je savais qu’il m’appréciait, comme tous les autres jeunes du club, mais jamais je n’avais soupçonné à quel point.
Je ne me l’explique pas bien encore aujourd’hui mais j’en retire une certaine fierté.
Alex était une graine de champion et si j’ai pu lui permettre de caresser ses rêves les plus chers par ma simple présence, alors j’aurais accomplis quelque chose de grand!
Mon court passage dans sa jeune vie l’avait à ce point marqué que cette photo trônait sur sa table de chevet.
Alexandre Morin, le livre d’or
Ci-dessous, les deux textes que j’avais écris sur son livre d’or.
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Salut Alex,
J’ai eu la chance de croiser ta route quand je suis devenu entraineur au Club Cycliste de Ste Foy avec Louis-Charles (Racine).
J’ai découvert la graine de champion que tu étais. Que ce soit sur route ou sur piste tu avais beaucoup de talent. Tu étais sérieux et discipliné à l’entrainement. Motivé, plein d’ambition et généreux dans l’effort en course. En plus de ces capacités peu commune pour un petit gabarit comme toi, tu étais un très bon équipier, toujours souriant et de bonne humeur, mais aussi un adversaire redoutable toujours attentif et près à réagir en course.
J’ai passé deux saisons à tes côtés, tes deux années en minimes (2003-2004), ce fut un régal. Te voir apprendre et progresser, accumulant les bons résultats était une belles récompense pour tes entraineurs. Je n’ai malheureusement pas pu t’accompagner par la suite mais je me tenais au courant de ton évolution et tout comme toi j’avais hâte de te voir atteindre des sommets.
Depuis que j’ai appris ta disparition, ce soir de tempête, j’ai une scène qui tourne en boucle dans ma tête : c’était lors des Championnats Québécois de Contrecœur. Le critérium venait de se terminer et le titre de champion que tu convoitais tant t’avais glissé entre les doigts. Tu avais fondu en larme, assis à l’arrière de la van. Je suis venu m’assoir à côté de toi et nous avons discuté longuement. Je t’avais dit que ce titre de champion minime n’était pas très important. Que quand tu serais au sommet de ta gloire il n’y aurait pas grand monde qui se souviendrait de ce beau maillot blanc et bleu. Que tu avais la vie devant toi pour en décrocher de bien plus prestigieux qui feraient que le monde connaitrait ton nom.
Aujourd’hui, le destin en à décidé autrement. Il vient de te faucher sournoisement avant même que tu nous fasses la démonstration de ton talent, que tu puisses réaliser ton vœux le plus cher : devenir un grand champion.
Maintenant j’ai l’air malin avec mes belles paroles. Toute fois, crois moi sincèrement, je n’oublierai jamais qui étais Alexandre Morin, ce jeune athlète qui étais destiné à réaliser de grands exploits.
Je me joins en pensées à tes parents, Jean-Pierre et Luce, et ta sœur Anne-Marie, pour les aider à traverser ces moments déchirants.
Repose en paix Alex
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Une semaine
Une semaine que tu nous as quittés, déjà.
Ce jour de fête, en fin de journée, probablement poussé par la volonté de faire une entrée remarquée dans le monde des juniors, tu as bravé les éléments, pour ce qui aura été ton dernier entrainement. Sans aucun doute, tu t’imaginais déjà dans le peloton sur le Tour d’Abitibi ou dans je ne sais quelle autre prestigieuse épreuve dont tu rêvais de prendre le départ. La motivation c’était ton unique carburant et tu en consommais beaucoup. Ce soir là, la tempête aura eu raison de toi…
Une semaine que parents, famille, amis et même des dizaines de personnes qui ne te connaissent pas sont plongés dans le chagrin de t’avoir perdu si tôt.
Dis-moi Alex, est-ce vrai qu’il y a une vie après la mort ?
Si oui je te la souhaite remplie uniquement de bonnes choses. J’espère que tu y rencontreras d’autre cyclistes, anonymes, connus et pourquoi pas de grands champions. Si je ne m’abuse le Pirate était ton idole. Tu le croiseras surement un jour ou l’autre, Marco doit bien être là haut.
Si un jour tu rencontre Jean-Marc et Fabrice, dis leur que je pense souvent à eux s’il te plait. Ils sont deux anciens amis cyclistes avec qui j’ai couru à différentes époques et qui ont connus comme toi une fin tragique au pied d’une falaise…
Tu sais, ici il y a pleins de gens qui souffrent depuis ton départ précipité.
D’où tu es, vois-tu tout ce monde qui t’aime Alex. Ce qui fut pendant quelques jours ton linceul est maintenant recouvert de fleurs et de messages d’amour pour toi.
Tu nous manques, tu ne peux pas imaginer à quel point.
Alex, j’ai une faveur à te demander.
Si c’est bien vrai que désormais tu es un ange il ne devrait pas y avoir de problèmes.
Je voudrais que tu aide ta maman Alex.
Fais disparaître ce sentiment de culpabilité qui la ronge.
Dis-lui que ce n’est pas de sa faute.
Son cœur de maman saigne et elle souffre bien trop.
Prends-la par la main et guide-la pour qu’elle puisse passer à travers cette difficile épreuve qui paraît insurmontable à ses yeux.
Fais la sortir de l’hiver dans lequel elle s’est cloitrée et conduis-la au soleil.
Donne-lui ta volonté, ta combativité, elle en a besoin.
Rappelle-lui ta devise, chaque jour, tout doucement à l’oreille : Ne jamais abandonner.
Fais le pour elle, elle t’aime Alex.
Puis si elle s’en sort, si elle retrouve un sens à sa vie, cela voudra dire que tu es incontestablement devenu un ange.








